Michael CURTIZ
Biographie
Celui qui, à la grande époque des studios, c’est-à-dire pendant les années 30, devait devenir, sous le nom de Michael Curtiz, le plus important réalisateur de la Warner, était un Magyar qui avait derrière lui une longue carrière européenne. Né dans la Budapest de la double monarchie, issu d’un milieu aisé, Mihaly Kertész, féru de théâtre, devient comédien et metteur en scène, puis participe, dès 1912, aux débuts de l’industrie cinématographique austro-hongroise. Il se rend en Scandinavie pour apprendre la leçon de Stiller et Sjöström, qu’il retiendra dans tel film exaltant sa terre natale. Son activité n’est interrompue que brièvement par la guerre, pendant laquelle il est opérateur d’actualités. Parmi les films qu’il réalise en Hongrie (près de cinquante), outre une Peau de chagrin et une Veuve joyeuse, notons plusieurs adaptations de Molnar, dont une version de Liliom interrompue en 1919 lorsque Kertész quitte son pays : Béla Kun (qui, entre autres réformes révolutionnaires, a nationalisé l’industrie du cinéma) vient d’être renversé et la Hongrie livrée à la guerre civile. Il se rend alors à Vienne, où il se fait un nom comme auteur de films historiques à grand spectacle : le Sixiéme Commandement, l’Esclave reine, Samson et Dalila. Le succès de l’Esclave reine décide d’un nouveau tournant dans la carrière de Kertész : les fréres Warner lui font des offres importantes, parce qu’ils pensent avoir trouvé le cinéaste capable de donner la réplique à De Mille et à ses productions Paramount. Curtiz travaillera exclusivement pour la Warner jusqu’en 1953, signant plus de quatre-vingts films appartenant aux genres les plus divers. Aussi son nom résume-t-il le paradoxe de tout un cinéma hollywoodien populaire : la définition qui ferait de Curtiz un artisan compétent mais impersonnel s’oppose le succès durable de bon nombre de classiques, en particulier Capitaine Blood, les Aventures de Robin des Bois, l’Aigle des mers, Casablanca, le Roman de Mildred Pierce.L’ambiguïté de son statut s’explique aussi par le fait que plusieurs de ses films les plus réussis (par ex. capitaine Blood, l’Aigle des mers, Robin des Bois) appartiennent au genre, tenu pour mineur, de l’aventure. Leur intrigue met en jeu une dialectique de la loyauté et de la révolte. Le héros (chaque fois interprété par Errol Flynn) est un rebelle malgré lui. C’est sa loyauté profonde envers l’ordre des choses (supposé juste) qui fait de lui, en apparence, un rebelle, un révolutionnaire, dont le but est bien plutôt de restaurer une légitime provisoirement menacée. Ce n’est pas un hasard si le capitaine Blood est médecin : dans le corps social et politique, le véritable double vient non des loyaux « rebelles » mais des usurpateurs : Jacques II (Capitaine Blood), les Espagnols (l’Aigle des mers), Jean sans Terre (Robin des Bois). Dans son combat, le héros est généralement aidé par une jeune femme apolitique (Olivia de Havilland dans Capitaine Blood et Robin des Bois), qui abandonne le parti des oppresseurs plus par amour pour le héros que par sens de la justice. L’idéologie de ces films est elle-même ambiguë : conservatrice ou subversive ? En effet, s’il est vrai que l’autorité légitime, au bout du compte, est toujours rétablie, les images de libération et de rébellion peuvent avoir, sur le spectateur, plus d’impact que les affirmations d’obéissance, qui servent – paradoxe ! – d’argument à l’œuvre. On se souvient plus de Robin, défiant Jean sans Terre et Guy de Gisbourne, que de son allégeance envers le roi Richard. Les films de Curtiz exaltent la liberté, voire l’anarchie, mais sous une forme hautement rhétorique qui ne laisse rien au hasard. Montage, mouvements de caméra, symbolique des images, rythme de la narration, tout est contrôlé, voire prédéterminé. Enfin, ce qui caractérise les méchants ajoute à leur ambiguïté, parce qu’ils ont une sorte de panache, de raffinement décadent : tels Basil Rathbone (Capitaine Blood, Robin des Bois), Claude Rains (Robin des Bois, l’Aigle des mers) ou, encore, Henry Daniell (l’Aigle des mers). De sorte qu’à bien des égards le style de Curtiz semble plus apte à rendre leurs maniérisme qu’à glorifier la liberté individuelle.
1914 à 1926, nonbreux films en Hongrie, en Autriche, en Suède.
Films Muets
1926: Fiacre numéro 13 (The Third Degree).
1927: A Million Bid; Le Crime du soleil (The Desired Woman); Good Time Charley.
Films Sonores
1928: Tenderloin.
1929: l’Arche de Noé (Noah’s Ark); Poupée de chiffons (The Glad Rag Doll); La Madone de l’avenue (The Madonna of Avenue A); Les Joueurs (The Gamblers); Coeurs en exil (Hearts in Exile).
1930: Mammy; Sous le ciel du Texas (Under a Texas Moon); The Matrimonial Bed.
1931: Bright Lights; River’s End; God’s Gift to Women; A Soldier’s Plaything; Le Génie fou (The Mad Genius); Le Démon des Mers (Dämon des Meers).
1932: La Dame de Monte-Carlo (The Woman From Monte-Carlo); Alias The Doctor; L’Etrange Passion de Molly Louvain (The Strange Love of Molly Louvain); Docteur X (Doctor X); Ombres vers le Sud (The Cabin in the Cotton).
1933: Vingt Mille Ans sous les verrous (20 000 Years in Sing Sing); Masques de cire (Mystery of the Wax Museum); Le Trou de serrure (The Keyhole); Détective Privé (Private Detective 62); Goodbye Again; Meurtre au chenil (The Kennel Murder Case); Female.
1934: Mandalay; Jimmy the Gent; La Clé (The Key); Agent Britannique (British Agent).
1935: The Case of the Curious Bride; Furie Noire (Black Fury); Sixième Edition (Front Page Woman); Little Big Shot; Capitaine Blood (Captain Blood).
1936: Le Mort qui marche (The Walking Dead); La Charge de la Brigade légère (The Charge of the Light Brigade).
1937: Stolen Holiday; Le Dernier Round ou le Dernier Combat (Kid Galahad); Un home a disparu (The Perfect Specimen); Justice des Montagnes (Mountain Justice).
1938: La Bataille de l’or (Gold Is Where You Find It); Les Aventures de Robin des Bois (The Adventures of Robin Hood); Quatre au paradis (Four’s a Crowd); Rêves de jeunesse (Four Daughters); Les Anges aux figures sales (Angels With Dirty Faces).
1939: Les conquérants (Dodge City); Filles courageuses (Daughteurs Courageous); La Vie privée d’Elisabeth d’Angleterre (The Private Lives
of Elisabeth ans Essex); Quatre Epouses (Four Wives) ; Sons of Liberty.
1940: La Caravane héroïque (Virginia City); L’Aigle des Mers (The Sea Hawk); La Piste de Santa Fé (Santa Fe Trail).
1941: Le Vaisseau fantôme (The Sea Wolf); Dive Bomber.
1942: Les Chevaliers du ciel (Captains of the Clouds); La Parade de la Gloire (Yankee Doodle Dandy); Casablanca.
1943: Mission to Moscow; This is the Army.
1944: Passage to Marseille; Janie.
1945: Roughly Speaking; Le Roman de Mildred Pierce (Mildred Pierce).
1946: Nuit et Jour (Night and Day).
1947: Mon père et nous (Life With Father); Le crime était Presque Parfait (The Unsuspected).
1948: Romance à Rio (Romance on the High Seas).
1949: Il y a de l’amour dans l’air (My Dream Is Yours); Boulevard des passions (Flamingo Road); The Lady Takes a Sailor.
1950: La Femme aux chimères (Young Man With a Horn); Le Roi du tabac (Bright Leaf); Trafic en haute mer (The Breaking Point).
1951: Le Cevalier du stade (Jim Thorpe-All American); Les Amants de l’enfer (Force of Arms); La Femme de mes rêves (I’ll See You in My Dreams).
1952: The Story of Will Rogers.
1953: Le Chanteur de jazz (The Jazz Singer); Un home pas comme les autres (Trouble Along the Way).
1954: L’Egyptien (The Egyptian); Noël blanc (White Christmas); L’Homme des Plaines (The Boy From Oklahoma).
1955: La Cuisine des Anges (We’re No Angels).
1956: Enigme Policière (The Scarlet Hour); Le Roi des vagabonds (The Vagabond King); The Best Things in Life Are Free.
1957: Pour elle, un seul home (The Helen Morgan Story).
1958: Le Fier Rebelle (The Proud Rebel); Bagarres au King Creole (King Creole).
1959: Le Bourreau du Nevada (The Hangman); L’Homme dans le filet (The Man in the Net).
1960: Les Aventuriers du fleuve (The Adventures of Huckleberry Finn); Un Scandal à la Cour (A Breath of Scandal).
1961: François d’Assise (Francis of Assisi); Les Comancheros (The Comancheros).
Réalisateur Américain
Né le 24 Décembre 1886
à Budapest, Hongrie
Mort le 10 Avril 1962
à Hollywood, California, USA