Orson WELLES
Biographie
"je combats pour le cinéma universel comme un géant dans un monde de nains " a un jour déclaré Orson Welles. Belle formule pour celui qui dans sa sixième année régnait sur un théâtre de marionnettes et cinq ans plus tard jouait à lui tout seul les rôles du Roi Lear. C’est grâce à quelques hommes comme Orson Welles que le cinématographe est resté un art, à une époque où il menaçait de n’être plus qu’une industrie. Souvent incomprise, parfois mutilée, son œuvre demeure aujourd’hui un exemple esthétique et moral pour les créateurs dignes de ce nom.
« Extrait de l’Atlas du Cinéma Mondial "l’Age d’Or"»
Né le 6 mai 1915 à Kenosha, dans le Wisconsin, Orson Welles a pour parents un industriel dilettante et grand voyageur et une pianiste réputée. Apres la mort de sa mère en 1923, il accompagne son père dans des voyages lointains. Revenu dans son pays, il s »adonne dans le cadre scolaire à sa passion pour le théâtre. Fort de son succès dans Jules César et avec la bénédiction du docteur Bernstein, qui devient tuteur à la mort de son père, le jeune Orson part à la conquête d’une des scènes les plus prestigieuses d’Europe, le Gate Théâtre de Dublin. Les deux directeurs, impressionnés par son talent et son aplomb lui confient le rôle du duc Karl Alexandre dans le Juif Suss de Feutchwanger. D’autres interprétations suivront, saluées par la critique. Après un séjour en Espagne et au Maroc consacré à la peinture, Welles aura la désagréable surprise de se voir refuser à Londres un permis de travail et de constater qu’en Amérique, Broadway n’a pas eu vent de ses succès d’Outre Atlantique.
Il entre dans la troupe de Katherine Cornell, publie des nouvelles, édite un Shakespeare pour tous qui a du succès, et connait un triomphe, d’acteur et de metteur en scène, lors du festival d’art dramatique qu’il organise pour son ancienne école, la Todd School (1934). Alors le « wonder boy » devient homme-orchestre. Sous l’égide du rooseveltien Federal Theatre, il crée, en association avec John Houseman, sa propre troupe, le Mercury Theatre, démarre avec un Jules César en costumes de « chemises noires » fascistes, monte un Macbeth situé en Haïti, entièrement joué par des noirs, les sorcières remplacées par des sorciers vaudous. Toujours en 1934, il débute à la radio (New York). Il y travaillera, avec quelques interruptions, jusqu’en 1947.
L’une de ses séries d’adaptations littéraires s’intitule : La première personne du singulier, le « je » du narrateur devant provoquer l’identification. 30 octobre 1938 (les accords de Munich viennent d’avoir un mois) : Welles déclenche une incroyable panique en adaptant la Guerre des mondes, de H. G. Wells, que les auditeurs prennent pour argent comptant. Cet exploit insolite lui vaut, en 1939, un contrat sans équivalent dans l’histoire de Hollywood. Humaniste, libéral et démocrate, Welles s’est rallié à la politique de Franklin D. Roosevelt à l’heure du New Deal, puis de la lutte antifasciste. Il se fait journaliste, éditorialiste, conférencier, agitateur. Pour son premier film, il choisit d’adapter Au cœur des ténèbres, de Joseph Conrad. Il veut y expérimenter la « caméra subjective », la caméra se substituant au héros, toujours présent et toujours visible. Le film trop coûteux ne se fait pas.
Dans les années quarante Citizen Kane (1941) et la Splendeur des Amberson (1942) imposent d’emblée, au sein d’une production marquée par la guerre et les films de propagande, l’évidence d’un nouveau romanesque à l’intensité proprement cinématographique. La découverte et si grande qu’elle séduit sans convaincre. Il faut des longues années et un abondant travail critique – surtout européen- pour en prendre la mesure. Orson Welles s’entoure d’une aura qui l’isole d’autant plus qu’il l’intègre à son mythe créateur et l’exhibe avec un gout achevé pour la provocation. Il est aujourd’hui et lui-même et son histoire, indissociablement. Le cinéaste se confond avec les personnages de ses fictions, poursuivant hors du cinéma le film qu’il n’a jamais cessé de tourner et qui raconte l’aventure d’un homme, son échappée singulière hors de ses origines, vers le destin qui ressemble à son rêve.
En 1942, alors qu’il tourne pour la R.K.O., avec le soutien du gouvernement américain, un film ambitieux sur l’Amérique latine, écrit par Robert Flaherty et lui-même, des changements intervenus à la tête de la Compagnie provoquent l’interruption du tournage alors que trente mille mètres de pellicule sont déjà en boîte. Nul le sait ce qu’ils sont devenus.
L’œuvre d’Orson Welles comprend ses trop rares films, autant que sa présence en dehors d’eux, dans les films des autres et dans ceux qu’il n’a jamais réalisés. Les personnages hors de proportion qu’il campe pour Gregory Ratoff (Black Magic, 1947), Carol Reed (The Third Man, 1949) ou Henry Hathaway (The Black Rose, 1950) se situent dans le prolongement de ceux auxquels il s’identifie dans ses propres films. Le réalisateur ne saurait être compris sans l’acteur, et réciproquement, car l’objet premier de la mise en scène selon Welles est de creuser l’espace d’une présence qui donne à la fiction sa nécessité dramatique.
Le 10 octobre 1985, Orson Welles succombe à une crise cardiaque, laissant derrière lui une œuvre fascinante, inoubliable et unique… Semblable à un immense puzzle auquel manquent peut-être quelques pièces de choix, tels ce Roi Lear en projet ou ce Don Quichotte inachevé….
(réalisation)
1934 : Hearts of Age
1938 : Too Much Johnson
1941 : Citizen Kane
1942 : la Splendeur des Amberson (The Magnificent Ambersons) ; Voyage au pays de la peur (Journey into Fear)
1946 : le Criminel (The Stranger) ; la Dame de Shangai (The Lady From Shangai)
1948 : Macbeth
1949 : Othello
1955 : Dossier Secret (Mr Arkadin ou Confidential Report)
1958 : la Soif du mal (Touch of Evil); la Fontaine de jeunesse (The Fountain of Youth)
1962 : le Procès (The Trial)
1965 : Falstaff (Campañadas a Medianoche ou Chimes at Midnight)
1968 : Une histoire immortelle (The Immortal Story)
1973 : Vérités et Mensonges (F. For Fake)
1978 : Filming Othello
(acteur)
1944 : Jane Eyre (R. Stevenson) ; Hollywood Parade (E. Sutherland)
1946 : Demain viendra toujours (I. Pichel)
1949 : Cagliostro 002 (G. Ratoff) ; Echec à Borgia (H. King); le Troisième Homme (C. Reed)
1950 : la Rose noire (H. Hathaway)
1953 : l’Affaire Manderson (H. Wilcox) ; l’Homme, la Bête et la Vertu (S. Steno)
1954 : Si Versailles m’était conté (S. Guitry) ; Révolte dans la vallée (Wilcox)
1955 : Trois Meurtres (Three Cases of Murder, George More O’Ferral) ; Napoléon (Guitry)
1956 : Moby Dick (J. Huston)
1957 : le Salaire du diable (J. Arnold)
1958 : les Feux de l’été (M. Ritt) ; les Racines du ciel (J. Huston)
1959 : le Génie du mal (R. Fleischer) ; Visa pour Hong Kong (Ferry to Hong Kong, L. Gilbert)
1960 : Drame dans un miroir (R. Fleischer) ; David et Goliath (R. Pottier) ; Austerlitz (Gance)
1962 : La Fayette (J. Dreville) ; Ro Go Pag (sketch de Pasolini)
1963 : Hôtel International (A. Asquith)
1965 : la Fabuleuse Aventure de Marco Polo (D. de La Patellière)
1966 : Paris brûle-t-il ? (R. Clément) ; Un homme pour l’éternité (A Man for All Seasons, F. Zinnemann)
1967 : Casino Royale (J. Huston) ; le Marin de Gibraltar (T. Richardson) ; Qu’arrivera-t-il après ? (M. Winner)
1968 : Œdipe roi (Oedipus the King, Philip Saville)
1969 : Duel dans l’ombre (House of Cards, J. Guillermin); la Bataille de la Neretva (V. Bulajic) ; l’Etoile du sud (The Southern Star, Sidney Hayers)
1970 : Waterloo (S. Bondartchouk) ; 12 + 1 (Nicolas Gessner) ; Catch 22 (M. Nichols)
1971 : la Décade prodigieuse (C. Chabrol)
Acteur, Réalisateur Américain
Né le 6 Mai 1915
à Kenosha, Wisconsin, USA
Mort le 10 Octobre 1985
à Hollywood, California, USA